Article : La Stérilisation : Pourquoi faire ?

En France, chaque année, près de 100 000 chiens et chats sont abandonnés par leur maître, dont 80% d’entre eux à l’approche des vacances. Parmi tous ces chiens, une grande partie provient de mises bas non désirées par le maître qui confie les petits à des personnes n’assumant pas le rôle que cela implique avoir un chien. Un chien ou une chienne n’a pas besoin de reproduire durant sa vie. Avoir des petits est une lourde tâche à assumer pour le maître. De plus, certaines races sont plus prolifiques que d’autres : de un à une quinzaine de chiots ! Cela représente donc énormément de travail pour le maître qui doit s’occuper de la femelle gestante, puis des petits. Il est donc impératif qu’une gestation soit voulu par le maître et qu’il soit prêt pour cet investissement de travail. Il est alors nécessaire de pratiquer une stérilisation si ce n’est pas voulu et le plus tôt (dès 6 mois) est le mieux. Outre cela, la stérilisation est bénéfique pour la santé de vos animaux, puisqu’elle permet d’éviter un grand nombre de risque de maladie ! Je vous propose donc un petit article détaillé des choses à savoir sur la stérilisation canine.

1) Topo sur les chaleurs : comment ça se passe ?

Les chaleurs, période d’activité sexuelle pendant laquelle a lieu l’ovulation et la possibilité de gestation, ont lieu pour la première fois dans la vie de la chienne à la puberté, c’est à dire entre 6 et 10 mois pour les chiennes de petites races et de 12 à 18 mois pour les chiennes de grandes races. Ensuite elles surviennent environ tous les 6 mois, jusqu’à la fin de la vie (il n’y a pas de ménopause). Elles durent environ 3 semaines. Les chaleurs se divisent en deux phases : – Pro-œstrus : la vulve est gonflée et il y a des pertes de sang. La femelle n’accepte pas le mâle. Cette période dure environ une semaine. – Œstrus : les pertes sanguines diminuent jusqu’à disparaître. C’est la période de l’ovulation : la femelle cherche et accepte le mâle. Cette période s’étale sur deux semaines environs. Ainsi, pour maîtriser l’accouplement, on peut établir un calendrier des chaleurs afin de déterminer le jour de l’ovulation et le moment optimal, de se déplacer pour une saillie et de minimiser les risques de refus de saillie et de femelle vide. Le retour des chaleurs après la mise bas se fait au bout de 3 à 6 mois. On conseille un an après pour une saillie.

2) Agir sur le cycle des chaleurs ?

Il existe deux types de contraception : l’une médicale, l’autre chirurgicale. Il existe plusieurs présentations de contraception en pilule ou en injectable de courtes ou longues actions. Elles contiennent des hormones appartenant à la famille des progestanèses. Le traitement injectable peut commencer uniquement après les premières chaleurs car c’est en fonction de la date des dernières chaleurs que le vétérinaire calculera le meilleur moment pour l’administration de celui-ci. Concernant les pilules, elles se donnent en dehors, voire même au début des chaleurs pour les arrêter. Toutefois cette méthode est fortement déconseillée en raison de ses effets secondaires, elle augmente le risque de développement d’une métrite et autres infections, favorise le risque de tumeur mammaire, le risque de diabète sucré, la prise de poids et l’obésité, l’incontinence urinaire… De même, un arrêt des chaleurs alors que la chienne a déjà été saillie entraînera le maintien de la gestation et son prolongement et empêchera la mise bas, et donc une macération fœtale… Par conséquent, la méthode chirurgicale est à privilégier.

3) En quoi consiste la stérilisation chirurgicale chez la chienne ?

Comment ça se passe ?

La seule façon d’éliminer de manière définitive les chaleurs chez la chienne est la stérilisation : ovariectomie (ablation des ovaires) ou ovariohystérectomie (ablation des ovaires et de l’utérus). Ce sont des interventions courantes, pratiquées par tous les vétérinaires. Selon le vétérinaire, il peut choisit entre deux techniques qui permettent d’aboutir aux mêmes résultats : l’accès par les flancs pour atteindre les ovaires, ou bien par la ligne blanche au niveau de l’abdomen. La chienne doit être à jeun depuis la veille au soir (on ne lui donne plus rien à manger à partir de 19-20 heures). Elle est emmenée chez le vétérinaire le matin . Le vétérinaire pratiquera un petit examen, puis elle sera endormie par voie intra-veineuse. Un anti-inflammatoire et un antibiotique seront injectés. La chienne sera préparée pour la chirurgie (rasage, désinfection) et l’intervention sera réalisée : dans la première technique, elle aura uniquement deux petites incisions et la chienne gardera une activité hormonale sans chaleurs. Mais le risque de cancer lié aux hormones ne sera pas écarté ; dans la seconde technique, qui est relativement la plus pratiquée, la chienne aura une cicatrisation ventrale avec des points résorbables ou non selon le vétérinaire. L’opération dure en moyenne trente minutes, mais la chienne étant sous anesthésie générale, elle sera gardée en observation jusque 16-17 heures. Il est possible qu’elle ait du mal à marcher, qu’elle patine ou « balance » de gauche à droite, et qu’elle vomisse, ces réactions s’estomperont avec une bonne nuit de sommeil. Des antibiotiques ou des anti-inflammatoires seront a administrer à la maison, sous forme de comprimés, pendant quelques jours. Les points de sutures peuvent être a retirer 10-12 jours plus tard. Il y a une autre méthode chirurgicale de contraception : la ligature des trompes qui empêche la fécondation. Mais cette solution conserve le principal inconvénient, la chienne aura toujours ses chaleurs (les ovaires sont toujours présents et continuent de sécréter des hormones). En revanche, elle ne pourra plus avoir de petits. Cela n’a donc pas grand intérêt.

Quand ?

Il est conseillé de le faire le plus tôt possible afin de limiter tous les risques de pathologie du système reproducteur. Il est prouvé que la stérilisation avant 2 ans diminue de façon considérable le risque de tumeur mammaire (réduction du risque 80%). Une chienne stérilisée jeune ne présentera jamais de tumeur vaginale, utérine, ovarienne. Toutefois il n’y a pas d’âge pour pratiquer une stérilisation. Elle peut être faite si : les organes sexuels ont fini leur développement (donc jamais avant au moins 6 mois), la chienne est en pleine forme physiquement pour supporter une anesthésie générale. La stérilisation peut donc se faire avant ou après les premières chaleurs. En stérilisant la chienne avant ses premières chaleurs, il y a une diminution considérable des risques de développer un cancer mammaire. Le taux d’atteinte est de 0,5% pour celles qui ont été stérilisées avant les premières chaleurs. Lorsqu’elle intervient juste après, ce pourcentage augmente de 8%. A partir de 2 ans, le risque est considérable : il est de 28%. L’ovariectomie après les premières chaleurs augmente le risque d’infection et d’hémorragie : l’ovariectomie reste une grande opération. Durant les chaleurs, la chienne subit des transformations. Les vulves sont très dilatées, il y a plus de circulation de sang dans les vaisseaux sanguins. Cette augmentation de la quantité du flux sanguin est un facteur de risque d’hémorragie. La stérilisation après les premières chaleurs a également des avantages : la chienne est à terme dans sa croissance, les organes sont matures, ce qui facilite l’opération. En principe, sauf cas exceptionnels, la stérilisation ne se pratique plus sur des chiennes seniors (l’âge senior dépend de la race) même si techniquement il est encore possible de la réaliser. Ceci pour éviter les inconvénients d’une anesthésie générale sur une chienne d’un âge avancé. Si vous choisissez de stériliser votre chienne après les premières chaleurs il est impératif d’attendre 2 à 3 mois après pour que les effets des changement se dissipent. On parle de repos sexuel ou anoestrus.

Avoir une portée avant ?

Contrairement à une idée très répandue, il n’est absolument pas nécessaire qu’une chienne fasse des petits : cela ne lui apporte rien en terme de santé, sinon de possibles problèmes de la mise bas. Croire que la chienne a « un désir d’enfant » qu’elle doit assouvir est un comportement typiquement anthropomorphique : l’instinct maternel se met en place chez la chienne après la mise bas (après avoir mangé le placenta) et chez certaines chiennes ce phénomène n’apparaît jamais, elles abandonnent donc leur portée. Si l’on souhaite avoir une ou deux portées pour soi, le mieux est alors de faire reproduire la chienne jeune (à partir de ses deuxièmes chaleurs) et de la stériliser ensuite, vers l’âge de deux/trois ans ; ainsi on bénéficiera encore d’une diminution du risque de voir apparaître des tumeurs mammaires, même si cette prévention n’est plus à 100%…

4) Des avantages ?

La stérilisation empêche évidement la chienne de se reproduire, c’est irréversible. Il a été prouvé qu’une sécrétion permanente d’hormones sexuelles ou un dérèglement dans la sécrétion de ces hormones est à l’origine de nombreuses maladies de la chienne adulte. Ces maladies sont généralement localisées à l’appareil reproducteur, mais elles peuvent atteindre parfois l’organisme entier. En faisant enlever les ovaires à la chienne, les glandes qui sécrètent ces hormones sexuelles sont supprimées et donc le risque d’apparition de ces maladies diminue nettement. Les maladies de l’appareil reproducteur peuvent être : des kystes au niveau des ovaires, les tumeurs mammaires, le pyomètre (infection très grave de l’utérus, qui, si elle n’est pas soignée à temps, peut entraîner la mort). De même, l’action des hormones sexuelles se fait aussi au niveau d’autres organes, et peut être à l’origine de maladies graves. C’est le cas notamment du diabète (le cycle empêche une stabilisation de la glycémie). Chez la chienne plus âgée, la stérilisation est généralement proposée non plus par prévention, mais pour guérir ou aider à traiter une maladie, en cas d’infection de l’utérus, de tumeurs des mamelles ou d’un ovaire par exemple. Concernant le comportement, la stérilisation permet d’éviter les inconvénients des chaleurs : attirance des mâles, fugues, pertes de sang, pleurs, irritabilité. De même, il n’y a plus de risque de grossesse nerveuse (lié à un surplus d’hormone suite aux chaleurs), qui se traduit par un changement de comportement (plus agressive ou plus collante), des montées de lait, des troubles alimentaires, ce qui entraîne une dépression chez la chienne qui nécessitera un traitement vétérinaire. Certaines chiennes ont une grossesse nerveuse après chaque chaleurs. Seule la stérilisation par ablation des ovaires résout définitivement ce problème. Il a été remarqué que les chiennes ayant été stérilisées avant leurs premières chaleurs ne changent pas de comportement suite à l’intervention. En revanche, les chiennes qui sont stérilisées après peuvent être plus calmes, plus collantes. Le changement ne sera pas énorme, on ne change pas la nature profonde de la chienne. Si celle-ci a un tempérament de chienne joueuse, elle restera bien entendu joueuse. La stérilisation empêche le développement de certaines maladies ce qui permet à la chienne de vivre plus longtemps plus sereinement, en particulier grâce à une alimentation équilibrée et adaptée.

5) Faire castré le chien ?

Un chien entier sent une femelle en chaleur jusqu’à 3km à la ronde, ainsi le risque de fugue est très élevé, il est perturbé, pleure beaucoup, ne mange plus, est plus irritable, voire mordeur, bagarreur avec les autres mâles, n’obéit plus, préférant titrer sur la laisse et renifler partout… Ces comportements sont dû à l’imprégnation de testostérone, celle-ci est produite par les testicules chez tout les mammifères mâles. Concernant d’autres problèmes de comportement comme une agressivité avec les humains, les aboiements, la peur, l’anxiété, etc.., il n’y a pas de raison que la castration y change quelques choses, et le problème devra être traité selon une approche comportementale. Outre ces soucis liés au comportement, ce sont surtout des problèmes de santé qui peuvent être épargnés à un chien si on le fait stériliser. Chez le chien âgé non castré il est fréquent de voir apparaître des tumeurs testiculaires, bénignes ou malignes, également des maladies de la prostate : hyperplasie bénigne, kystes, abcès, prostatites, tumeurs,…, et des tumeurs péri-anales (cicumanalomes). En l’absence de testostérone la prostate diminue de taille, ce qui réduit les risques de ces maladies. Si le chien présente une ectopie testiculaire (s’il est cryptorchide ou monorchide, c’est-à-dire s’il présente les deux ou un seul testicule intra-abdominal), il est vivement conseillé de le faire stériliser car le risque de développer une tumeur testiculaire est décuplé. En effet, les testicules se trouvant dans l’abdomen seront sur-stimulés par le fait d’y être au chaud et sécréteront plus de testostérone, ce qui conduira à un surplus de travail pour les cellules et donc un risque accru de développer des tumeurs. De plus, comme l’ectopie testiculaire est héréditaire, on recommande de ne surtout pas faire se reproduire ces chiens. Il est recommandé de faire opérer le chien avant la puberté c’est-à-dire entre 6 et 8 mois pour les petites races et vers 8-10 mois chez les grandes races, toutefois on peut faire castrer son chien à tout âge. Le chien doit être à jeun depuis la veille au soir. Il est déposé le matin au vétérinaire et retourne chez lui le soir. Des antibiotiques seront administrés à la maison, en comprimés, pendant quelques jours. Une collerette peut être nécessaire si le chien a tendance à lécher ses points. Le principal effet secondaire est la prise de poids. Il est donc important d’être strict sur la ration donnée et de lui procurer assez d’activité physique. La vasectomie (section chirurgicale des conduits déférents, qui conduisent les spermatozoïdes du testicule au pénis) rend le chien définitivement stérile sans modifier ses sécrétions hormonales, les testicules restant intactes. Jusqu’à ces dernières années, l’utilisation « d’anti-hormones mâles » (en fait des progestatifs), d’une efficacité modérée, était administré en alternative à la castration, toutefois des effets secondaires étaient notables (apparition de tumeurs mammaires chez les chiens mâles, par exemple). On dispose aujourd’hui d’implants de desloréline qui empêche la production des hormones sexuelles pendant 6 à 12 mois, parfois plus, (arrêt de production de sperme, diminution marquée du taux de testostérone), et constituent une castration chimique, alternative non chirurgicale et non définitive.

6) Et après ?

Temps de convalescence et cicatrisation ?

Pour la chienne il faut compter environ 1 mois de temps de convalescence. Pour le mâle une quinzaine de jours. Le retrait des fils se fait à partir du 10ème jour, mais en cas de complication (infection de la zone opérée) la convalescence sera prolongée. L’animal peut manger dès son retour à la maison et reprendre ses habitudes (promenades…) sur 2/3 jours. Avec la cicatrisation, les points tirent et il se peut que cela dérange le chien, il/elle se mettra alors à lécher le pansement ou les points directement pour supprimer les fils. Pour éviter ce phénomène, il est préférable de lui faire porté une collerette pendant 7 à 10 jours. Après l’intervention, il faudra éviter tout mouvement brusque (pas courir, pas sauter, ni descendre et monter des escaliers (en cas d’impossibilité le faire doucement), les jeux avec les autres chiens seront aussi interdits pendant un minimum de 10 jours le temps que la plaie cicatrise. Il faudra également surveiller la propreté de la plaie, et refaire le pansement avec une compresse et de la Bétadine. Si une boule ou une grosseur se forme, emmenez immédiatement l’animal chez le vétérinaire.

Alimentation ?

Il est vrai que le métabolisme d’un chien/chienne stérilisé/e est différent de celui d’un chien « entier ». Cela signifie que les calories ne sont pas utilisées de la même manière. A régime alimentaire égal, un chien stérilisé peut avoir tendance à « emmagasiner des réserves », tandis qu’un chien non stérilisé va immédiatement brûler ses calories. Une fois stérilisé, un chien a donc besoin de moins d’énergie et son activé physique va diminuer, surtout dans les premiers mois après l’intervention. Il faut donc restreindre son apport calorique, en diminuant la quantité de nourriture distribuée (environ de 10%) ou en lui donnant une alimentation allégée ou prévue pour les chiens stérilisés. En surveillant bien son alimentation après l’opération et en lui faisant faire un exercice régulier, votre chien conservera sa ligne.

Wouf Éducation, éducateur comportementaliste canin

Sources : Acrocveto.com Centrale-canine.fr Cliniqueveterinairecalvisson.com Ecoledeschiens.com santevet.com toutsurleschiens.com Wamiz.com Wanimo.com